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MEC Chapitre 24

10 novembre 2011

Je sais, je sais , j’ai mis du temps. Beaucoup de temps. Trop de temps. D’accord.  Mais ça devient compliquer, plus j’avance vers la fin, plus j’ai du mal à l’écrire. Mais bon, j’espère que la suite arrivera plus vite que celle-ci.

-            Tu étais où ?

-            Quelque part.

-            Kyyyyle.

-            Quoi ?

-            Tu joues à quoi ?

-            A rien Romain.

Je passe à côté de lui. Je n’ai pas envie de parler. Je veux juste prendre une bonne douche bien chaude. Je veux juste enlever cette odeur de moi. Je veux juste me laver et me coucher. Ne plus penser. Me vider un peu plus la tête. Mais c’est sans compter sur mon amant que ne veut pas que je rejoigne tout de suite la salle de bain.

-            Tu pues la clope. Qu’est-ce que t’as fait ?

-            Rien Romain, rien.

-            Kyle, arrête de te foutre de moi. T’étais où ?

-            Nulle part.

-            Kyle

-            Fou moi la paix Romain ! Je veux juste aller dans cette foutue salle de bain.

-            Où

-            Romain, ta gueule.

Apparemment, c’est le mot magique que je devais dire. Il me fout enfin la paix. Je vais pouvoir enfin prendre cette foutue douche et enlever cette odeur de moi. Depuis que je suis sorti de cet hôpital, j’ai l’impression que le désinfectant me suit. Même l’odeur de la cigarette n’arrive pas à masquer. Et puis cette odeur de mort qui colle à la peau. Ceci mêlé à l’image de Maxime amaigri, fatigué. En un mot malade. En imagé, un pied dans la tombe. Ca ne part pas. Et pourtant, Dieu sait que j’ai essayé de me l’enlever cette image et cette odeur. J’ai bu un verre de Scotch. Mais l’image n’est pas partie. Alors j’en ai bu un en plus, puis deux. Je n’ai pas abusé. De un parce que je n’ai plus l’habitude. Et de deux, parce que je n’en ai pas le droit. J’ai le droit de me faire plaisir mais pas d’en abuser. Enfin quand il s’agit d’alcool.

Je me décide enfin à sortir de la douche. Je ne sens plus les odeurs de désinfectant, de mort, de médicament. En même temps, j’ai tellement frotté que ça n’aurait pas été normal. Par contre, je vois toujours Maxime sur son lit d’hôpital avec un teint blafard. Cette image ne veut pas quitter ma tête. Je ne pensais pas que ça me marquerait tant que ça. Mais apparemment c’est le cas. Je sors de la salle de bain après avoir revêtu un bas de jogging qui me sert de pyjama. J’espère pouvoir rejoindre le lit pour tenter de trouver le sommeil. Bien entendu, c’est sans compter sur la ténacité de Romain qui guette ma sortie. Il faut croire que je ne vais pas être tranquille tout de suite.

-            Kyle, il faut qu’on parle.

-            Non, TU veux qu’on parle.

-            J’ai téléphoné à Sébastien.

-            Et ?

-            Il m’a dit que tu avais été à l’hôpital.

-            Oui Romain j’ai été à l’hôpital et je n’ai aucune envie d’en parler.

-            Je suis là Kyle

-            Je sais que tu es là, depuis tantôt tu n’arrêtes pas de me poursuivre. Mais je ne veux pas en parler. C’est pour ça que je n’ai pas voulu rentrer. Parce que je savais bien que Seb allait jouer à la mère poule et s’inquiéter au final du bien fondé de sa demande. Mais c’est trop tard ! Et je n’ai pas envie d’en parler.

-            Kyle, on peut en parler

Mais je ne l’écoute même pas. Pour quoi faire ? Pour entendre son discours de médecin sur la maladie ? Pour entendre son discours de compagnon qui compatit à ce que j’ai ressenti ? Ou alors son discours moralisateur sur le fait que je n’aurai pas dû partir. Non, je préfère fermer mes écoutilles. Je vois ses lèvres bouger mais je n’entends pas. Je hausse les épaules et passe à côté de lui. Je ne croise pas son regard. Je n’ai pas peur. Je n’ai tout simplement pas envie de voir son regard choqué de mon comportement. Non, tout ce que je veux, c’est mon lit. Et du silence. Et un sommeil sans rêve aussi. J’entre dans la chambre. Evidemment, Romain est sur mes pas mais je ne m’en inquiète pas. Je m’enfous. Je m’en contrefous. Je m’allonge sous les draps. Ils sont froids. C’est désagréable mais en bougeant vite fait bien fait ils se réchauffent. Romain, lui, est assis au bout du lit et se prend la tête entre les mains. Je ne m’en veux même pas pour ce que je lui fais subir. Mais demain je sais que le sentiment sera autre. Mais là, tout de suite, je ne m’en préoccupe pas. Non, je préoccupe du sommeil qui commence à me cueillir.

Un visage maigre, marqué par les difficultés de la vie. Un visage creusé, blafard. Et puis ce fond blanc. Blanc. Comme l’hôpital. Et ce visage qui voguait dans ce fond sans profondeur. Un visage voguant tel un fantôme. Un visage de l’outre-tombe. Et ce sur visage les traits de Maxime. Mais au fil du temps, ce visage changeait. Ce visage se confondait avec le mien. A la fin, c’est moi qui voyageais dans cette espace inhospitalier. C’est moi qui mourrais. C’est moi qui quittais le monde. Je mourrais. Le Sida avait eu raison de moi. Je mourrais. Je suis mort. Un rêve. Ce n’était qu’un rêve.

C’est la voix de Romain qui me réveille.

-          Cœur, réveille-toi. Je suis là.

Son corps est collé au mien et sa main passe et repasse dans mes cheveux. Sa voix est douce mais je dénote un ton inquiet. Effectivement, il est rare de voir tout transpirant, si ce n’est quand nous faisons l’amour. Mais je suis sûr que ce qui a dû l’alarmé pour de bons sont les gigotements dont j’ai fait preuve. Et dont il a fait les frais en se ramassant un ou deux coups de pied.

-          Je suis là.

Je sors enfin définitivement de ce mauvais rêve. Le corps chaud me rassure. Je suis là. Je suis en vie. Je ne suis pas un corps léger. Un corps vaporeux. Non, je ne suis bel vivant.

-          Kyle ?

J’émets un son qui ressemble plus à un grognement qu’autre chose. Je me redresse, pose mes pieds sur le sol.

-          Tu sais Kyle, parler te fera du bien.

-          Je sais.

Mais je me lève et me rends dans la salle de bain pour y passer mon visage à l’eau froide. Romain ne me suit pas. Au contraire, il se recouche. J’en fais de même. Nous sommes samedi, aucun de nous ne travaille et surtout il fait encore noire dehors. Il doit être au maximum cinq heures du matin et ce n’est décidément pas une heure décente pour se lever un week-end. Je me recouche dans l’antre chaud et Romain vient se blottir contre moi. Il ne dit rien. Il se contente juste de passer son bras par-dessus mon torse et de venir y poser sa tête. Sa jambe se faufile entre les miennes et il ne bouge plus. C’est dans cette position que nous endormons pour ne nous réveiller que sur les coups de onze heures.

ooOoo

Nous sommes assis dans le canapé. Romain est allongé, sa tête reposant sur mes genoux. La télévision diffuse un téléfilm que je regarde d’un œil. Mon compagnon ne m’a plus harceler de question. Tout au contraire, il se tait et me montre qu’il est là. Pour moi. Un geste. Une présence. Et je le remercie d’être là. Moi et mon caractère de tête de mule. Je ne sais pas si je pourrai me supporter moi-même. En même temps, je ne suis pas souvent dans cet état. La dernière fois où j’ai eu ce sale caractère est quand je me suis retrouvé à la maison et que mon frère était présent. Nous ne nous étions pas vu depuis six mois et j’ai eu droit à une attitude froide et fermée en public. Les rares fois où nous n’étions que deux, ses paroles étaient acerbes et insultantes. Quand je suis revenu à la maison, ses propos ont tourné et tourné dans ma tête. Et en parallèle, je me rappelais tous nos moments passés gamins. Des moments entre frères à faire les quatre cents coups. Quand j’ai constaté pour la seconde fois à quel point notre relation s’était dégradée, ça m’a mis un coup. Et Romain qui avait voulu savoir ce qui c’était passé. Mais je me suis tu. Je n’ai pas voulu lui raconter ce dîner. Non. Je ne voulais pas répéter les horreurs que j’avais entendues. Pendant des heures et toute la nuit j’ai pensé à rompre avec Romain. Ca faisait sept mois que nous étions ensemble et déjà je lui traçais un futur incertain. Combien de temps allais-je vivre sainement ? Une fois que ça ne serait plus le cas, pourrait-il supporter le poids d’un malade ? Comme aujourd’hui il m’a assailli de questions et comme aujourd’hui je n’y ai pas répondues. Alors à la place, il m’a montré qu’il était et m’a montré qu’il ne comptait pas me quitter. Je ne sais pas comment il a su qu’il s’agissait de ça. A mon avis, ma mère devait se cacher derrière tout ça ou alors Romain a un sixième sens très développé.

Aujourd’hui, j’hésite à en parler. Je suis persuadé que ça me passera. Mais en parler avec Romain me fera du bien. Je le sais. Mais en parler signifie lui étaler tout mes doutes. Je sais qu’il s’en doute. Après tout, il a l’habitude avec ses patients. Mais ce n’est pas la même chose. Ici, il s’agit de nous deux. Parce qu’indéniablement, il faudra mettre sur la table notre relation.

-          C’est mon ex que j’ai été voir à l’hôpital hier.

-          Maxime ?

Romain n’a pas bougé d’un pouce. Il a toujours sa tête tournée vers la télévision mais je sais que j’ai toute son attention. Il doit se dire que je devrais avoir plus facile à me confier si je n’ai pas affaire à son regard.

-          Oui, lui.

Silence.

Je ne sais pas ce que je dois dire. Raconter les faits et uniquement les faits ? J’aurai trop l’impression d’avoir commis un crime. Or ce n’est pas le cas. N’est-ce pas ?

-          Je crois que ça m’a chamboulé. Enfin, non. Ca m’a chamboulé. Pas dans le sens que la flamme a été ravivée. Non… Non. Je ne pourrai pas ça. Lui et moi, ce n’est plus possible.

-          Kyle. J’ai compris, ne t’inquiète pas.

-          D’accord… Enfin… tu sais, il… il en n’a plus pour longtemps. Et… Je veux pas devenir comme ça, Romain… Je veux pas. Je pourrai pas. Non ,je pourrai pas rester comme ça.

-          Kyle, je suis là.

-          Mais c’est bien ça le problème. Je veux pas te faire subir ça. Me voir comme ça. Non, je veux pas Romain.

Romain se redresse et s’assied en position d’indien à côté de moi.

-          Kyle, je suis avec toi en connaissance de cause.

-          Oui mais l’avoir vu comme ça c’est…

-          Kyle, on n’y est pas encore. Alors s’il-te-plaît, arrête avec ça. On n’est ensemble… et ne pense même pas à partir sous ce prétexte.

Son ton est monté sur la fin. Peut-être a-t-il cru que je pensais sérieusement à mettre fin à notre histoire. Bon, c’est vrai que j’y ai pensé. Mais je savais qu’il en était hors de question pour Romain. Et puis, je n’ai pas encore développé la maladie. Je suis encore au stade de ma vie où je ne dois pas encore aller à l’hôpital toute les semaines. Et puis, ma vie sans Romain, j’ai dû mal à l’imaginer. En même temps, après quinze ans de vie commune, il serait difficile de dire le contraire. Enfin, ça ne veut rien dire étant donné les couples qui divorcent et se séparent même après autant de temps. Romain, il est là depuis le début. Et tout seul, je ne pourrai pas gérer quand cette saloperie se déclenchera. Je suis un égoïste. Je le sais. Mais j’assume. Je ne suis qu’un égoïste. Surtout avec ce que je vais demander.

-          Romain, il faut que tu me promettes une chose.

Son regard se fait méfiant. Il essaie de lire sur mon visage ce que je vais lui demander. Il ne dit rien. Il observe. Il est indécis. Je suis sûr qu’il se dit qu’il y a un piège. Surtout avec la discussion que nous avons. Il a bien raison de se méfier mais je ne lui en laisse rien paraître.

-          Ca dépend.

-          Romain, s’il-te-plaît.

-          Kyle, je te mens pas, je le sens pas ce que tu vas me demander.

-          Je veux juste pas finir comme Maxime. Je ne veux pas être à ce point là. Non, tais-toi. Il n’y aura quand même plus rien à faire, je devrai quand même mourir…

Silence. Un grand silence. Il me regarde. Non, il me fixe. Ses yeux sont grand ouverts, sa bouche l’est tout autant. Je le savais. Je savais que je n’aurais jamais dû rien lui dire. Il ne peut pas comprendre. Il est médecin. Oui, il est là pour sauver des vies, pas pour les enlever. J’aurais mieux fait de me taire. J’aurais dû.

-          Je…

Nouveau silence. Romain est perdu. Totalement. Je suis sûr qu’il essaie encore d’assimiler ce que je viens de lui dire.

-          Je ne veux pas.

Son ton est indigné. Romain vient de se réveiller. Il vient de comprendre ce que je viens de lui demander. Il comprend. Plus les secondes passent et plus il comprend. Plus il est choqué.

-          Non mais tu… Tu peux pas me demander ça ! Mais tu ne peux pas. Moi ? Ca va pas être possible. Tu me demandes de te tuer !

-          Mais je ne te demande pas de me tuer, je te demande de me soulager de cette maladie.

-          Mais c’est exactement la même chose Kyle !

-          Non, je te demande d’abréger mes futures souffrances.

-          C’est la mê-me-cho-se !

Droit dans le mur. C’est là où nous mène cette discussion. Nous allons tourner en rond longtemps comme ça si nous continuons à camper sur nos positions. Je veux. Il ne veut pas. Mais j’insiste. Il en fait de même mais dans son sens.

-          J’aurais rien dû te dire. Oublie ce que je t’ai dit.

-          Non. Non. Tu… Tu devais me le dire… Mais je… Je ne peux pas, je ne pourrai pas te faire ça à toi. C’est…

J’ai l’impression qu’il va me faire une crise d’angoisse. Ca respiration s’accélère. Il se lève et se dirige vers la fenêtre du salon donnant sur le jardin. Je reste sur le canapé, le laissant seul debout. Je pense que c’est mieux de le laisser réfléchir. Il inspire un bon coup et expire tout aussi profondément. Je dois le laisser réfléchir à la possibilité même si je sais parfaitement qu’il n’adhérera pas à ma demande. Mais peut-être que dans dix ans, il approuvera. Sinon, je devrai trouver une autre solution. Et j’avoue que je n’ai pas envie d’y penser pour l’instant. J’entends Romain parler tout bas. Il se parle à lui-même, ses paroles ne me sont pas destinées.

-          Non… Je peux pas. Enfin… Je ne veux pas. Ok, c’est plutôt que je ne veux pas imaginer ce moment-là mais même… Mais en même temps, ça demande est légitime. Mes patients me le demandent aussi quand ils savent qu’il n’y a plus aucun espoir et qu’ils sont condamnés. Mais, lui ce n’est pas pareil. Et puis, on n’est pas sûr que ça sera accepté. Et… Non mais le fait est là, je ne veux pas lui faire ça. Je ne veux pas. Je pourrais mais je ne veux pas.

Et il continue comme cela. J’ai bien compris qu’il ne veut pas, ce que je peux comprendre. Très bien même. Maintenant, il pèse le pour et le contre. Mais je sais que nous irons droit dans le mur si nous continuons de parler de ça. J’ai semé la graine. Je n’ai plus qu’à attendre que celle-ci pousse pour que quand ce jour viendra, cette idée soit acceptée. En attendant, il n’y a plus qu’à attendre justement. Romain se retourne vers moi.

-          Kyle ? Je… Je pense que ce n’est pas une discussion que nous devrions avoir aujourd’hui. On verra bien quand le moment viendra d’accord ?

-          On verra on fonction de l’évolution de la situation, ça me va.

-          Bien.

Sur cette affirmation, Romain marche vers moi qui suis resté sur le canapé. Il se place à califourchon sur mes genoux et vient placer sa tête dans le creux de mon. Je sens sous souffle effleurer ma peau. Nous restons quelques minutes avec mes mains sur ses hanches. Le moment est simple. Le sentir contre moi me fait mine de rien du bien. Je sais qu’il est là. Et ce quoi qu’il arrivera. Au fil des années, il me l’a montré qu’il était présent pour moi.

-          Kyle, montre-moi que tu es bien vivant.

Des lèvres chaudes et humides viennent se poser dans mon cou. Je vois qu’il n’a pas perdu le nord. Et puis, c’est un moyen efficace d’oublier. Et de conclure cette réconciliation. Et de me faire pardonner aussi pour mon attitude de la veille aussi. Aussi…

A suivre.

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MEC chapitre 23

3 août 2011

J’aurai dû le poster la semaine dernière mais j’ai eu des WE chargés. Et maintenant, je viens de commencer un cours de langue au forcing. Mais je suis rentrée plus tôt aujourd’hui donc je vous poste la suite. Le 24 est en cours d’écriture et j’espère pouvoir vous le poster ce WE. J’espère.

Betty: Pour tout te dire, je ne sais pas encore de combien de chapitre j’ai encore besoin pour boucler l’histoire. Mais je pense pouvoir dire qu’il doit en rester environ 5. Peut-être plus mais peut-être moins. Tout dépend si je trouve comment je vais amener la fin et justement je dois trouver une fin. Mais en conlusion il n’en reste plus beaucoup.

Chapitre 23.

Mais est-ce que ce téléphone va arrêter de vibrer. Ou plutôt est-ce que Sébastien veut bien arrêter de m’appeler ? Depuis cinq ou dix minutes, c’est la même rengaine : le téléphone vibre sur la table, je regarde qui appelle et je rejette l’appel s’il s’agit de Seb. Le juge ne m’a pas encore fusillé du regard mais ça ne saurait tarder. Et je ne peux pas éteindre ce foutu GSM, imaginons qu’on vienne m’apporter une nouvelle preuve qui innocente un peu plus mon client, je ne vais certainement pas dire non. Surtout qu’on est un peu court pour l’instant. Au final, il laisse enfin tomber. Monsieur a peut-être finalement compris que ce n’était pas le moment d’essayer de me joindre, que je ne devais pas être dérangé, que je ne savais pas répondre.

 

C’est finit pour cette après-midi. Nous devons revenir demain matin pour finir, normalement, le procès. Je salue mon client et préviens le collaborateur que je retourne chez moi. Je sors mon téléphone et la première chose que je fais est d’appeler Sébastien vu qu’apparemment il a quelque chose d’urgent à me dire. Une seule et unique sonnerie et il décroche. Ca doit vraiment être important.

-          Ha, enfin. Mais bon sang, c’est seulement maintenant que tu me rappelles !

-          Oui, bonjour. Je vais bien et toi ?

-          Oui, bonjour. Pourquoi tu ne me rappelles que maintenant ?

-          Figure-toi que je travaille. Je plaidais au tribunal aujourd’hui.

-          Ha, juste. Bon est-ce que tu peux venir à l’hôpital ?

-          Pourquoi ? Il se passe quoi ?

-          Tu peux venir ?

-          Oui, mais pourquoi ?

-          Je dois te parler d’un truc.

-          Et tu peux pas le faire par téléphone ?

-          Je préfère pas.

-          Qu’est-ce qu’il se passe ?

-          C’est à propos de Maxime. Tu veux bien venir s’il-te-plaît.

-          Non.

-          Kyle

-          Non Seb, j’ai dis non.

-          Ramène tes fesses. Il veut te voir.

-          Pardon ?

-          Viens.

-          Non.

Je ne vois vraiment pourquoi il me parle de lui. Je ne vois vraiment pas. Je ne vois pas pourquoi carrément il veut me parler de lui. Aujourd’hui. Ca fait quoi onze ans que je ne l’ai pas vu ! Onze ans que je n’ai pas eu de ses nouvelles. Onze ans que je ne l’ai pas croisé. Onze ans, ou presque, que je ne pense plus à lui. Onze ans qu’il est définitivement sorti de ma vie. Rayé. Effacé. Alors pourquoi, aujourd’hui, il veut me parler de lui. Surtout que je n’en ai plus rien à faire. Alors pourquoi, bon sang ?

-          Kyle, je ne te le demanderai pas si c’était pas important.

Il n’a pas tord sur ce coup là. Malheureusement.

-          Il se passe quoi ?

-          Viens, je dois juste te parler.

-          Je suis là dans vingt minutes.

-          Merci

Je sors du tribunal. Je reste au-dessus des marches. Je me demande vraiment ce qu’il se passe. Même si j’en ai une vague idée. Sûrement en relation avec le HIV ou même le SIDA. Mais je ne vois vraiment pas pourquoi. Enfin, je veux dire que je ne vois pas ce que je viens faire là dedans. Je me décide à aller dans la voiture et direction l’hôpital vu que je suppose que Seb travaille et puis il ne m’a pas dit de venir chez lui. Donc, la logique est qu’il soit à l’hôpital. L’hôpital. Il se passe donc bel et bien quelque chose. Sinon il aurait attendu d’être chez lui. Ou même il serait venu chez moi. Il m’aurait évité d’aller dans cet hôpital. Il sait que ce n’est pas mon passe-temps favoris. Je déteste cet endroit. Certainement comme toute personne normalement constituée, les médecins n’étant pas des personnes normalement constituées. A chaque fois que j’y vais pour mes analyses ou quoi, j’ai l’impression qu’on va me mettre un pied entre les quatre planches.

 

J’arrive plus vite que prévu à destination. Je monte au 6ème étage, étage où est censé se trouver Sébastien. Et comme de juste il est là, il fait la papote avec une infirmière. Dès qu’il me voit il s’éloigne et me fait signe de le suivre dans le bureau près du bureau de l’accueil.

-          Alors qu’est ce que tu me veux ?

-          C’est au sujet de Maxime.

-          Merci, mais ça j’avais compris. Pourquoi tu m’as fait venir ici ?

-          Tiens, assieds-toi.

Il me désigne la chaise et je ne me fais pas prier pour y poser mes fesses. Il s’installe en face de moi mais sur le bureau, juste devant moi.

-       Seb, pourquoi tu veux me parler tout d’un coup de Max ?

-       Il est entré à l’hôpital.

-       Et alors ?

-       Il veut te voir.

-       Grand bien lui fasse ! Je ne veux pas le voir.

-       Je le sais mais lui veut te voir. Il n’en a plus pour longtemps. Il est entré à l’hôpital ce matin.

-       Et pourquoi ?

-       J’en sais rien Kyle. Ce que je sais, c’est qu’il a contracté le SIDA. Il est en fin de vie, il est mal en point.

-       Et pourquoi voudrait-il me voir ?

-       Je n’en sais rien Kyle. Il veut certainement te dire quelque chose.

-       Dès fois, tu m’épates par ta clairvoyance.

-       Et toi par ta non-clairvoyance. Sûrement des excuses, triple buses.

-       Je n’en veux pas.

-       Je te conseille d’y aller.

-       Je n’ai pas envie.

-       Tu devrais au moins écouter ce qu’il a à te dire et puis, tu en fais ce tu veux.

-       Je

-       Tu ne sais pas, je sais. C’est soudain. C’est normal. J’avoue que je ne sais comment je le prendrais si j’étais à ta place mais je voudrai savoir ce qu’il a te dire. Vous avez fait une grosse partie de votre vie ensemble. Avec des hauts et des bas.

-       Beaucoup trop de bas pour que j’y aille.

-       Non, Kyle.

-       Non ?

-       Non. Les bas n’ont rien avoir là dedans en ce moment. Sinon, on le sait touts les deux, tu ne mettras pas un pied dans cette chambre.

-       Pour toi je devrais y aller alors.

-       Oui

-       D’accord

-       D’accord ?

-       Oui d’accord, je vais aller voir. Mais je te préviens, si ce que j’entends ne me plaît pas

-       Tu auras l’autorisation de m’en vouloir.

-       Bien.

Je me lève de ma chaise et lui fait face. Il ne sourit pas. Il est sérieux. Sur son visage, je peux lire la lourdeur de la situation. Maxime est à l’hôpital. Et ce n’est pas pour une visite de routine. Loin de là. S’il est là c’est parce qu’il va mal. Très mal. Il a le SIDA. Son virus. Virus qu’il m’a transmis a muté. Il est devenu destructeur. Il a ce que je vais finir par développer.

-          8ème étage. Porte 834, tout au fond à droite. Je suis ici si tu me cherches.

OooOooO

Je suis devant la porte depuis… Depuis un certain temps. Cinq minutes. Dix minutes. Mais pas plus. J’hésite quand même à rentrer. Pourquoi devrais-je faire plaisir à cet homme ? Parce qu’il est sur le point de mourir ? Est-ce une raison suffisante ? En même temps qu’est-ce que ça me coûte ? Rien. Absolument rien. Sauf une bonne dose de courage. Courage qui a l’air de vouloir me faire défaut en ce moment. Je ne l’ai pas vu depuis dix, non onze ans. Onze ans ! Onze ans sans le voir, sans me soucier de lui. Onze ans pendant lesquels je n’ai pensé à lui. Et si je pensais à lui c’était pour le maudire de m’avoir refilé cette saleté. Mais je n’ai jamais cherché à savoir ce qu’il était advenu de lui. Jamais. Jamais la question ne m’a effleuré l’esprit. Le jour où j’ai rencontré Romain, je n’ai plus jamais eu une pensée envers lui. Et aujourd’hui, je me retrouve devant sa chambre d’hôpital. C’est totalement absurde. Totalement. Je me décide enfin à bouger, je regagne doucement les ascenseurs. Il n’a absolument aucun droit de demander de me voir. Aucun. J’appelle l’ascenseur. Je ne vois vraiment pas pourquoi je resterai là. En plus, je déteste les hôpitaux. J’entre dans l’ascenseur. Les portes se referment. Non, mais ça été un vrai connard avec moi. Il m’a trompé. Même quand il a dit s’arrêter, il a continué. Il a continué et il a ramené ça merde avec lui. Et même quand il l’a su, il a continué avec moi. Il m’a refilé ce putain de virus. En toute connaissance de cause ! Les portes de l’ascenseur s’ouvrent. Il a fait comme si de rien n’était. Comme si je n’étais rien pour lui. Les gens entrent, les portes se referment. J’appuie sur le bouton du huitième étage. Depuis le temps que nous étions ensemble. Il a fait comme si tout ça ne comptait pas. Les portent s’ouvrent et je descends : direction le fond du couloir. Mais merde, c’était avec ma santé qu’il jouait. Qu’il joue avec la sienne passe encore. Mais la mienne. La mienne bordel ! S’il a avait eu une once de respect pour moi, même un peu, il m’aurait prévenu. Mais non. Non. Il avait préféré garder ça pour lui, ce con. Oui ce con. Un véritable connard. Porte 834. Je rentre. Je ne toque pas. Je ne m’annonce pas. Je rentre. Je suis furieux. Je suis remonté.

 

-          Alors ? Monsieur voulait me voir. Me voilà. Je te donne cinq minutes. Et encore.

Je suis entré, j’ai prononcé ma petite pique et je le regarde seulement après. Je suis à la limite de sursauté tant il a changé. Il est mince. Maigre plutôt. Son visage est creusé. De grosses cernes noires lui mangent les yeux. Il a la peau sur les os. Ses cheveux n’ont plus l’éclat qu’ils avaient d’antan. Il a énormément changé depuis la dernière fois que je l’ai vu. Je ne m’attendais vraiment pas à le trouver comme cela. Ce n’est pas, plus le Maxime que j’ai connu.

-          Bonjour Kyle.

Maxime se redresse dans son lit d’hôpital. Il me sourit. Apparemment, il est content de me voir. Mais je lis aussi de la surprise dans ses yeux. Il ne s’attendait pas à ce que je vienne. Peut-être aurais-je vraiment dû ne pas venir. Mais de toute manière, il est trop tard pour faire marche arrière.

-          Tu n’as pas changé.

C’est sûr que comparé à lui je n’ai pas changé d’un poil. Enfin de l’extérieur.

-          Je suis contente de te voir.

Je ne sais pas si je peux en dire autant. Je n’arrête pas de me demander en le voyant ce que je fais là. Ok, il voulait me voir. Sébastien m’a poussé à aller le voir mais pourquoi suis-je venu ? Pour voir à quoi je vais ressembler quand je vais crever ?

-          Kyle ?

Je sors de mes pensées et le regarde mais je ne dis toujours rien. Que dire ? Tu n’as pas changé ? Ca serait mentir. Que je suis content de le voir ? Ca serait mentir aussi. Je le regarde mais aucun son ne sort de ma bouche. J’attends qu’il me dise enfin pourquoi il a voulu me voir. Mais il ne dit rien. Il se contente de me regarder avec son petit sourire. Enfin regarder, j’ai plus l’impression que c’est me détailler qu’il fait.

-          Tu n’as vraiment pas changé.

-          Maxime.

-          Kyle ?

-          Arrête ça tout de suite. Je suis là alors maintenant tu me dis ce que tu avais envie de me dire.

-          Tu ne veux pas qu’on discute avant ?

-          Tu es la dernière personne avec qui j’ai envie de parler Maxime. Je suis là donc profites-en.

Le léger sourire qu’il avait jusqu’ici disparaît et fait place à une expression triste. Expression que je ne lui connaissais pas. Soit il était souriant, fâché ou affichait un visage neutre. Mais triste, je ne l’ai jamais vu dans ce que je me souviens. Même quand je l’ai quitté, il n’a pas eu ce regard.

-            Tu peux partir si tu le souhaites.

-            Il ne fallait pas me demander à me voir si au final c’est pour me dire ça.

-            Je ne voulais pas que ce soit une corvée.

-            Tu croyais quoi ? Que j’allais venir ici avec le cœur en fête ? Tu croyais quoi ?

-            Pars, c’est bon.

Je secoue la tête et tire la chaise près de son lit. Je le regarde et lui fait un signe de tête de commencer.

-            Tu deviens quoi ?

J’avale ma salive de travers et fais des yeux ronds. J’ai bien entendu ? Il me demande ce que je deviens ? Non mais où va-t-on ! Il n’a pas demandé à Sébastien de me convaincre pour demander si je vais bien. A ma tête il comprend qu’il n’aura pas de réponse et que ça ne sert à rien d’insister.

-            Je… Je voulais m’excuser.

-            T’excuser ?

-            Oui pour ce que je t’ai fait.

-            Et tu crois que ça va changer quelque chose ?

-            Non mais

-            Est-ce que tu rends compte de ce que tu m’as fait.

-            Oui et c’est pour ça

-            Et c’est seulement maintenant que tu t’excuses ? Maintenant que tu vas crever que tu t’excuses ? Tu te fous de moi ?

-            Non, je

-            Tes excuses ça fait plus de dix ans que je les attends ! Elles n’ont plus de valeur aujourd’hui.

Je ne sais pas si c’est d’être plus pâle de ce qu’il était quand je suis rentré mais là il a encore moins de couleur. Il croyait que j’allais réagir comment ? Que l’on redevienne ami, que je lui raconte m’a petite vie comme avant ? Que je lui dise que je suis passé associé au cabinet ? Que je vis avec un homme mille fois mieux que lui ?

-            Je suis désolé Kyle.

-            C’est trop facile Maxime. C’est toujours la même chose avec toi.

Je suis lassé. C’est toujours pareil. Il croit toujours que tout lui est acquis.

-            Je ne savais pas quoi faire.

-            Tu ne savais pas quoi faire ? Et m’en parler ça t’as jamais traversé l’esprit ?

-            Mais j’étais flippé, je savais que tu me quitterais.

-            Tu ne m’as rien dis de peur de me perdre ! Juste pour ça ? Pour ne pas me perdre. Pour ne pas me perdre tu as préférer me mentir !

-            Je voulais te le dire mais je ne trouvais pas le bon moment.

On va d’énormité en énormité. Je n’ai jamais entendu d’excuses aussi minables. Il a été d’un égoïsme sur ce coup. Il n’a pas pensé qu’à lui. Je le savais déjà, ce n’est pas nouveau. Mais je pensais qu’il y avait tout de même une autre raison. On ne refile pas le SIDA à son compagnon par pur égoïsme. Ce n’est pas une excuse. Et puis, il ne trouvait pas le bon moment. C’est le summum. En trois mois, il n’a pas trouvé une minute pour me parler. C’est une blague, ce n’est pas possible autrement.

-            Non mais pour me culbuter t’avais le temps !

-            Kyle

-            Quoi ? tu veux me dire que je me trompe ? Franchement, avoue le toi au moins que tu ne me l’aurais jamais dis. Tu voulais juste continuer à profiter de mon cul et c’est tout. Tu n’en a jamais rien eu affaire de moi.

-          Tu sais bien que c’est faux.

-          Oh arrête, tu me trompais dès que tu le pouvais !

Le ton monte encore un peu plus. Enfin, c’est surtout moi qui m’énerve. Et à ce train là les infirmières vont rappliquer pour me mettre à la porte.

-            Kyle

-            Non Maxime, tu m’as détruit. Et si je vais mieux ce n’est pas grâce à toi. Sûrement pas.

-            Je sais que j’ai mes torts

-            Tu peux le dire.

-            Kyle, je peux pas revenir en arrière et dieu sait que je donnerai tout pour que ce soit possible. J’ai jamais réussi à réaliser ce que j’avais. J’y croyais pas. C’est seulement quand t’es parti que je me suis rendu compte de ce qui m’arrivait.

-            Arrête de te chercher des excuses

-            Je ne m’en cherche pas. Je n’en ai pas. Mais je ne réalisais pas. Et juste pour ça je veux te présenter mes excuses ;

-            Je prends acte. Tu as fini ?

-            Je… oui. C’est tout.

-            Bien. Au revoir.

Je tourne les talons. Je m’apprête à sortir mais au final je reviens vers le lit. Je sais que ses excuses ne changeront rien du tout. Mais tout de même, il faut du cran pour faire ça non ? ou alors c’est juste parce qu’il est sur le point de mourir. Il n’a plus rien à perdre.

-            Max, je te pardonnerai jamais de m’avoir fait ça. Tu n’obtiendras pas mon pardon si c’est ça que tu cherches

-            Non je

-            Mais j’apprécie le geste. Mais je te pardonnerai pas.

-            Je n’en demande pas tant Kyle.

-            Bien.

Je ne bouge pas. Je reste dans la chambre à regarder Maxime. Je me rassies sur la chaise que j’avais quitté quelques secondes plus tôt. Je me suis calmé comparé à tout à l’heure. J’ai envie de comprendre pourquoi seulement maintenant. Pourquoi d’un coup, il a voulu me revoir mais surtout me demander pardon.

-            Pourquoi seulement maintenant ? Tu as vu le temps qui est passé ?

-            Je sais que c’est tard. Mais au départ je me suis pas trop rendu compte de ce que je t’avais fait. J’étais comme anesthésié, je sais pas. Et puis, je me suis dis que tu ne voulais plus me voir.

-            T’avais pas tord.

-            Hum. Je savais que tu me haïssais… Alors je me suis dis que ça servait à rien ? Ca aurait changé quoi ? Rien. Qu’est-ce que tu en avais à faire que je m’excuse ? Le mal était fait. Et puis, j’ai fini par rencontrer quelqu’un. J’ai été un vrai salopard, je voulais que plus personne ne m’approche. Et il a finit par me faire comprendre que ça ne servait à rien. J’ai fini par tout lui raconter, ce que je t’avais fait. Je voulais vraiment qu’il voit qui j’étais pour qu’il parte. Mais il est resté. Et il m’a convaincu que je devais absolument te faire mes excuses. Mais je voulais pas me prendre un autre coup, j’osais pas. Moi, tu te rends compte ? J’avais peut de ce que tu me balancerais. Mais maintenant que je vais mourir, j’ai plus peur, j’ai plus rien à perdre.

Pour le coup, je ne sais pas quoi dire. Le silence s’installe. Je le regarde. Je vois bien qu’il a changé. Ce n’est plus le connard fini que j’ai rencontré il y a quinze ans. Déjà, même à l’article de la mort, il n’aurait jamais présenté ses excuses. Oh non jamais. Je n’y ai déjà eu droit lors de toutes ses tromperies.

-            Je ne te pardonnerai sans doute jamais tu en es vraiment bien conscient ?

-            Hum

-            Tu as changé ma vie… Mais pas dans le bon sens.

-            J’en suis désolé.

-            Pas autant que moi. Quand t’allais voir ailleurs c’était ma hantise. Je t’avais demandé une seule chose c’était faire attention. Et c’est la seule chose que je t’avais demandé était de faire attention. Et tu l’as pas fait. C’est ce qui te mène ici d’ailleurs. Alors non je peux vraiment pas. Je comprends mais je peux pas.

-            Je sais, Kyle. Ne t’en fais pas

-            Hum

-            Tu devrais y aller.

-            Oui. Je vais y aller. Salut.

-            Merci… Pour être venu.

-            Mmmm. Je… Prends soin de toi.

-            Merci. Toi aussi.

Je sors de la chambre. Je m’adosse contre le mur une fois la porte refermée. Prends soin de toi. Mais je suis con ma parole. Il va mourir et je lui dis de prendre soin de lui. Mais je suis con ! Je me redresse et désinfecte les mains avec le produit mis à la sortie des chambres. Ca ne doit pas servir à grand-chose mais c’est déjà ça de pris. Je ne sais pas si cette “visite” a été bénéfique pour moi. Maintenant que je suis sorti, je sens comme un poids sur mes épaules. L’avoir vu dans cet état me rappelle qu’un jour je serai dans le même que lui. Combien de temps me reste-t-il ? Un mois ? Un an ? Dix ? Juste penser à ça me démoralise. Et puis, comment il est devenu. Il est devenu maigre. Pas mince. Non maigre. Il est passé où le Maxime que je connaissais qui avait les formes là où il fallait ? Je suis sûr que s’il s’était mis debout, j’aurais vu une paire de fesses totalement plate. Il était l’ombre de lui-même. Même psychologiquement il n’est plus le même. Il m’a demandé pardon. Je n’ai pas eu droit à une seule pique bien sentie. Rien. J’ai trouvé cela bizarre. Enfin peut-être a-t-il tout simplement mûri.

-            Ca va bien monsieur ?

Je relève la tête pour apercevoir un homme blond souriant. Ce n’est pas un médecin. Juste un visiteur à mon avis.

-            Oui, merci.

Je m’enlève du mur sur lequel je m’étais appuyer sans m’en rendre compte et sourit à cet homme pour lui montrer que tout va bien. Il hoche et rentre dans la chambre de Maxime. Ca doit certainement être son compagnon. Celui qui l’a fait changer. Cela ne m’étonne pas, il avait l’air plus vieux, quarante ans et des poussières. Plus de sagesse. Plus d’expérience. Ca lui a été bénéfique.

A suivre…

h1

MEC – Chapitre 22

17 juillet 2011

Et voici la suite comme promise. J’espère qu’elle vous plaira. Ce chapitre est un peu plus long que les autres, petit cadeau donc. Le prochain arrivera la semaine prochaine, il est écrit et il n’attend plus que vous.

Chapitre 22

Je n’ai pas eu le courage. Quand je suis rentré, je n’ai pas eu le courage. Je n’ai pas pu lui parler. Je n’avais vraiment pas envie de me disputer hier soir. Je sais que c’est une mauvaise excuse. Mais j’ai postposé la discussion houleuse à aujourd’hui. Sauf qu’aujourd’hui, dimanche, Romain n’est pas là. Il est introuvable. Je me suis réveillé ce matin et j’étais seul. Déjà qu’on ne s’est pas adressé la parole de la soirée hier. Et j’ai l’impression que c’est un miracle qu’on ait dormi dans le même lit. Même si on était chacun de notre côté. J’ai beau faire tout le tour de la maison, je ne le trouve pas. Je doute qu’il soit parti chercher des croissants. Quoique, ça ne m’étonnerait pas de lui. Je vais dans la cuisine, aucune trace de lui. Forcément. J’ouvre le lave-vaisselle, pas de trace de petit-déjeuner. Bizarre. Il est parti sans le prendre ? Ca ne lui ressemble pas. Pas du tout même. « C’est le repas le plus important de la journée ». Le nombre de fois qu’il me la rabâchée celle-là. Et maintenant c’est lui qui saute le petit-déj’. C’est nouveau ça. Je suis pris d’un doute, et s’il était parti ? Et si pendant la nuit il avait décidé tout bonnement de partir. Peut-être qu’il s’est rendu compte que j’étais un poids dans sa vie. Non, il faut que je reste rationnel. Ce n’est pas son genre. Il n’aurait fait ça derrière mon dos. Ce n’est pas son genre. Ce n’est pas lui. Ca ne m’empêche pas de courir dans le couloir pour regarder la garde-robe : elle est remplie. Ses affaires sont là. Oui mais peut-être qu’il avait peur de me réveiller et que je lui fasse une scène. Mais après une inspection rapide tout ce qui lui appartient est là. Faut que j’arrête de me monter le chou comme ça. C’est pire. Je décide de sortir chercher le déjeuner. Je sais qu’il va revenir. Je le sais. Et je sais aussi que les croissants et pains au chocolat ne nous empêcherons pas d’avoir notre fameuse discussion. Mais c’est mieux que rien. Peut-être que ça rendra la discussion plus calme. C’est mieux que rien. Je sors. Il n’est pas sur le pas de la porte. Il n’est pas dans la rue. Il n’est pas au coin de la rue. Il n’est pas dans les barrages. Je pars à pied. J’aurais pu prendre la voiture vu qu’apparemment il l’a laissé mais j’ai besoin de me calmer et ce n’est pas au volant que ça arrivera. Que du contraire. Surtout avec tous ces conducteurs du dimanche.

En moins de dix minutes je suis à la boulangerie. Il n’est pas là non plus. J’embarque les pains au chocolat et les croissants et ressort. Je suis sûr qu’on dirait que je ressemble à un zombie. Ou un homme en fuite. J’ai le regard qui est part dans tout les sens. On ne sait jamais que je l’aperçoive quelque part. On dirait vraiment que quelqu’un me traque. Mais Romain n’est pas à mes trousses sinon je me serai laissé attraper depuis longtemps. Ne pas l’avoir vu au matin me fait prendre conscience que je ne veux pas le perdre. Je le sais depuis longtemps mais quand je disais hier à Sébastien que je partirai si Romain ne me comprenait pas, je me rends compte que je n’en serai pas capable. Je me suis trop habitué à lui. A l’avoir près de moi. J’arrive à la maison, elle est toujours vide. Il n’est pas encore là. Il n’est pas encore revenu. Mais où est-il passé ? Il va arriver. Je vais préparer la table et il sera là. Sauf que quand j’ai fini, Romain n’a toujours pas fait son apparition. Le café est dans la cafetière. Au chaud, comme moi. Je n’ai plus qu’à attendre.

J’entends la porte claquée. Je sursaute. J’accours dans le hall. Il est là. Plein de sueur. Il a été à vélo. Il était parti à vélo. Mais pourquoi je n’ai pas pensé à regarder dans le garage ! Mais je suis con quand je veux.

- J’ai été cherché des croissants, tu déjeunes avec moi ? Je t’ai attendu.

J’ai tout dis d’une traite. Certes la phrase n’est pas bien longue mais je n’ai pas voulu qu’il refuse.

- Oui, je veux bien. Des biscuits ça ne bourre pas. Mais je vais me laver d’abord. Commence sans moi.

Moyen détourné pour me faire comprendre qu’il mange avec moi non parce qu’il en a envie mais juste parce qu’il a faim.

- Non, je t’attends.

- Comme tu le sens.

Froid. Distant. Il n’est pas comme d’habitude. Il est réellement vexé. Mais ça ne va pas durer. Ce n’est pas dans sa nature d’être comme ça. Il est incapable de rester cet être froid tout le temps.

Je suis de nouveau seul. Je l’attends. J’entends la chaudière se mettre en route. Dans cinq, allez dix minutes, il aura fini. Il sera avec moi. Sauf que dix minutes plus tard, je suis toujours seul. J’entends toujours l’eau de la douche coulée. Ce n’est pas normal. Il ne traîne jamais comme ça sous la douche : il ne faut pas gaspiller l’eau. Je décide d’aller voir. Je veux rentrer mais la porte est fermée. A clé. Il ne ferme jamais à clé. Pourquoi il a fermé ? Il ne vraiment pas me voir. Il ne veut pas m’avoir dans les pattes.

- Romain ?

Rien. Pas un son à part l’eau de la douche. Je recommence et je toque à la porte en même temps pour qu’il m’entende. Mais toujours rien.

- Romain ? Romain, tu vas bien ?… Romain

L’eau s’arrête. J’entends la porte de la douche glisser. La clé de la serrure tournée. Et je vois Romain ouvrir violement la porte.

- Tu veux bien me laisser tranquille ! J’aimerai être seul !

- Tu viens d’être seul pendant deux heures sur ton vélo !

Il est énervé. Du coup, je m’énerve. Ca ne pouvait pas manquer. Ca promait pour la suite.

- Et bien, j’aimerai l’être encore.

- Sauf que ça fait plus d’une heure que je t’attends pour te parler. Donc, tu te sèches et tu viens prendre ce putain de déjeuner que j’ai été cherché.

Il me claque la porte au nez. Je crois que j’ai mes nerfs qui lâchent. Je suis énervé. Il faut que je me calme. Sauf que je n’apprécie pas que Romain m’ait fermé la porte si gentiment au nez, alors je l’appelle en frappant encore sur la porte. Il joue au sourd. Un vrai gamin. Ca au moins ça n’a pas changé. Ca m’énerve de m’énerver pour ça. Et le pire c’est que je sais en plus que ça ne changera rien.

- Je t’attends dans la cuisine. Ne traîne pas… s’il-te-plaît.

Je m’attendais à entendre sa vanne pourrie mais même pas. Alors, je redescends. Je m’assieds à la table de la cuisine devant la le déjeuner. J’attends. Je réfléchis. Mon front finit par se poser sur les bras croisé sur la table. Par où commencer ? Aucune idée. Comment amener le sujet ? Il n’y a pas à l’amener vu que c’est ce dont nous devons parler. Nous le savons tous les deux que nous allons parler de ça. Donc par où commencer ? Et si j’attendais qu’il commence. C’est lui qui a un problème avec mon point de vue. Moi aussi mais c’est lui que ça gêne le plus. C’est à lui d’amener le sujet sur le tapis. J’attendrai qu’il m’expose son point de vue. Ce n’est pas la solution. Je le sais bien. C’est moi qui ai orchestré tout ça. Je n’ai pas le temps de réfléchir plus que j’entends la chaise en face de moi être trainée par terre. Je me redresse d’un coup. Il est là face à moi. Je ne dois pas remettre à plus tard. Je ne dois pas me débiner. Il faut absolument que l’on mette les choses à plat. Aujourd’hui.

Je me lève et vais chercher la cafetière, je lui sers son café et vais pour me servir le mien. Mais la voix de Romain m’arrête.

- Tu ne devrais pas, tu es déjà assez énerver.

Je repose la cafetière sans broncher. Je prends sa tasse remplie et vais la vider dans l’évier. Il est déjà assez énervé aussi et vu que le vélo n’a pas l’air de l’avoir calmé…

- Je peux savoir ce que tu fais ?

Je prends deux bols, les remplis de lait et les mets deux minutes dans le micro-onde.

- Je fais du chocolat chaud.

- Non, je peux savoir pourquoi tu as jeté MON café ?

- Je suis énervé. Et tu es énervé. Donc pas de café. Et comme tu es déjà bien réveillé, ça ne devrait pas poser de problème.

Je sui resté calme. Peut-être trop calme. Enfin, c’est mieux que rien. Il me répond par un grognement et en s’affalant sur sa chaise. Elégant. Je m’appuie contre l’évier et attends que le lait soit chaud pour continuer. Je le fixe. Ses cheveux sont encore humides et il porte son vieux sweet avec un pantalon de training. Très classe… Il me regarde. Ses yeux ne sont plus froids comme tout à l’heure. Ils sont juste remplis de colère. Et cette colère a l’air d’être contre moi. Ai-je mérité tout ça pour seulement lui avoir raconté la vérité qu’il ne veut même pas croire ? Je suis arrêté ici dans mes réflexions : le lait est chaud. J’apporte mes bols à table et mets la poudre de cacao. Je lui prépare tout. Peut-être un moyen pour faire en sorte que tout se passe bien. Pour amadouer la bête comme on dirait. Je trempe mon pain au chocolat et je mange tout en regardant Romain. Il doit le sentir car il m’aboie un :

- Quoi ?

- Rien.

Un mensonge. Bien sûr qu’il y a quelque chose. On dirait que je me défile. Encore. En même temps, ça me fait rire car je n’ai aucun problème pour plaider devant la cour, pour rabaisser les avocats de l’autre camp. Et là, devant mon amant, mon compagnon, je reste muet. Incroyable quand même.

- Tu voulais qu’on parle. Alors je t’écoute. Qu’est-ce que tu veux ?

Bon. Ben, là, il n’y a plus trop de choix. C’est le moment de remettre les pendules à l’heure. En espérant qu’une fois que ça soit fait, il n’y ait plus jamais à le faire.

- Je veux qu’on mette les choses au clair.

- Sur quoi. Y a un problème ? Il me semble pas qu’il y en ait. Si ?

- Arrête Romain. Ca ne te va pas. Je veux qu’on en parle calmement. Je veux pas qu’on s’énerve encore une fois.

Je l’entends inspirer. Il se calme. Ca doit vraiment lui tenir à cœur pour qu’il se mette dans un état pareil.

- Je crois qu’il faut qu’on se mette d’accord une bonne fois pour toute.

- Tu vas rester camper sur tes positions et moi avec. On va droit dans le mur Kyle !

- Romain

Ma voix sonne tel un avertissement. Il met d’office des barrières. A croire qu’il ne veut en rien arranger de la situation. Je dois le prendre comment là ?

- On va parler. On va se comprendre. Et ça va s’arranger.

- Tu es bien optimiste.

Il n’en faut pas plus pour que je m’énerve. A croire il ne croit plus en nous. A croire qu’il veut qu’on arrête. Qu’est-ce qu’il lui prend ?

- Maintenant, tu vas arrêter. Tu vas arrêter de jouer au gamin. Tu vas arrêter de faire ton arrogant. Encore une phrase du style et je prends la porte. Et tu sais que je le ferait car là, j’en ai marre. Alors, on va avoir cette putain discussion. Et va trouver une solution. Parce que si on trouve pas de solution, c’est fini. Je ne vois pas comment on pourrait continuer. C’est compris ?

Aucune réponse. Il se contente de me regarder. Il ne dit rien.

- Est-ce que c’est compris ?

Le ton a encore augmenté d’un cran. Je suis à bout. Et, lui, il garde le silence. Ses yeux sont baissés, son dos est voûté. Plus rien à voir avec ce qu’il tentait de faire paraître tout à l’heure. Mais il ne daigne toujours pas me répondre. Il m’agasse. Je pense que c’est fini. Il n’a pas l’air de vouloir sauver quelque chose de notre couple. Il le sait en plus que je ne rigole pas. Il le sait que si dans trente secondes il ne dit rien je partirai. Et que je ne reviendrai pas de la journée. Il le sait que ce ne sont pas des paroles en l’air. C’est trop tard. J’en ai marre. Il s’en fou. C’est terminé. Je me lève.

- C’est compris.

Son regard est sur moi. Sa voix était calme. Je m’assieds. On va pouvoir enfin communiquer. On va pouvoir mettre les choses au clair.

- On commence par quoi alors ?

- On devrait peut-être commencer par expliquer notre point de vue. Sans se couper, on s’écoute.

- Ca va être dur pour toi ça de ne pas couper la parole. Tu es avocat quand même !

La première note d’humour. Ca fait du bien. Je le retrouve. Je pense que nous allons pouvoir parler dans le calme. Comme des adultes. Enfin.

- Je commence alors.

Il boit un peu de cacao et ferme les yeux en inspirant un coup. Il se tait. Il doit mettre ses pensées en ordre.

- Je ne suis plus ton médecin. Tu me diras, je ne l’ai pas été longtemps mais je l’ai été quelques mois quand même. J’avais la situation en main. Je savais quoi exactement. Et là, ce n’est plus le cas. Je ne suis plus ton médecin. Je suis ton compagnon. Ca ne fonctionne plus pareil. Or, j’ai besoin de savoir ce qu’il se passe. Je suis médecin et je peux t’aider mais tu refuses.

J’ouvre la bouche pour réagir mais il me rappelle que nous avons dit que nous ne nous interromprons pas mutuellement.

- Le métier qui ressort. Un avocat ne sait pas écouter jusqu’au bout.

Heureusement, il accompagne sa petit pique, car s’en ait une, d’un clin d’œil sinon je me serai vexé. Et peut-être que j’aurai moins bien écouté en me disant ça. Mais là, comme c’est une « taquinerie », j’écoute. Attentivement.

- Donc, je disais. Je suis médecin et ne pas savoir… j’aime pas ne pas savoir surtout quand la personne concernée est celle avec qui je vis depuis plus de dix ans. Au début, ça me dérangeais pas, tu allais bien.

- Mais je vais bien ! … désolé continue

- Donc, tu allais bien. Mais l’année dernière tu as été malade. Et tu aurais dû être affaibli. Tu devrais être en train de prendre des médicaments car la maladie aurait dû en profiter. J’en étais persuadé. Mais c’est vrai que ce n’est pas parce que tu tombe malade que d’office le virus en profite. Je sais. Mais là… Je… J’ai… J’ai eu peur je pense. Et puis, tu me dis que tu vas bien. Que tout est normal. Mais tu ne me donnes aucune preuve. Je dois croire ce que tu me dis. Mais je suis médecin et même si le médecin que tu suis est excellent je veux connaître précisément ton cas. Je veux savoir comment je devrai réagir si… si… enfin si tu sais quoi.

Je hoche la tête pour montrer que je comprends. Il ne m’imagine pas un pied dans la tombe mais il veut être préparé et si je devais suivre un traitement il voudrait pouvoir vérifier. Contrôler un peu quoi. Et dire que je ne comprends pas serait un gros mensonge. Si les rôles étaient inversés et qu’imaginons Romain devrait se faire défendre devant un tribunal, j’aimerais connaître l’angle d’attaque de son avocat et tout le tralala qui va avec. Je dois admettre que les raisons de Romain étaient totalement légitimes. Mais les miennes aussi.

- Je comprends. Mais… Je. Tu es médecin. Tu connais tout ce qui a à savoir sur ce que j’ai. Et pour moi c’est un problème. Je ne veux rien de cacher mais je ne veux pas lire dans ton regard que ça va mal le jour où mes CD4 vont diminuer. Je ne te cache rien. Mais le jour où je devrai commencer le traitement tu le sauras. Mais tu ne sauras pas pourquoi. De toute manière tu comprendras en voyant les médicaments. Je n’ai pas envie d’être un poids pour toi et je ne veux surtout pas que tu joues les nounous ou les infirmières pour moi. Tu es mon compagnon et tu garderas ce statut là. Je crois que je veux que rien ne change.

- Mais les choses vont changer.

Ha ben tient. Lui, il peut m’interrompre mais moi je ne peux pas.

- Romain

- Tu avais fini, tu vas tourner en rond dans tes explications après.

- Tu as l’air si sûr de toi…

- Tu veux rajouter quelque chose ?

- Non, je crois pas.

- Ha ben tu vois !

- C’était par principe.

- Donc, je disais, les choses vont changer. Et heureusement.

- Pardon ?

Je crois que pour le coup je m’étrangle. Il veut que je tombe malade là ? C’est ça qu’il veut dire ? Je dois avoir mal compris c’est pas possible autrement. Je dois avoir mal interprété car je vois son regard paniqué. J’ai mal compris. Non, il s’est mal exprimé.

- Non, je veux dire. Les choses évoluent. Je parle pas forcément de ta maladie. Non. Depuis 10 ans, notre relation évolue, elle change. T’es d’accord ?

Je me contente d’hocher la tête pour l’inviter à approfondir ses pensées. Je veux voir là où il veut en venir même si je le vois très bien.

- Alors notre relation va encore évoluer. Et là, maintenant, tout de suite, elle va encore prendre un autre tournant. C’est pour ça qu’on a cette discussion.

- Oui, parce qu’on n’envisage pas les choses de la même manière.

- Et qu’on reste campé sur nos positions. Est-ce que tu crois que tu pourrais mettre de l’eau dans ton vin si je fais pareil ?

- Je ne sais pas et toi ?

- J’aimerai essayer.

- Et bien voyons ce que l’on veut bien faire alors.

Etonnement aucun de nous deux ne s’est énervé. J’avoue que je suis surpris. En plus, quand je vois comment les choses avaient commencé !

- Je veux venir chez le médecin avec toi.

Voilà, les négociations commencent. Oui, car il s’agit véritablement de négociations. Et elles ne vont pas être aisées. Il me demande évidemment la seule chose que je ne veux pas lui accorder. Le médecin, la visite chez le médecin, je ne veux pas. C’est personnel.

- Non.

- Non ?

- Oui, non. Je ne veux pas. Je ne veux pas que tu viennes avec moi. Ca, je ne veux pas.

- Et pourquoi ?

- Parce que je ne veux pas. Je ne veux pas que tu y assistes. C’est à moi, c’est personnel.

- Et on fait comment ?

- On trouve un compromis.

- Un compromis…

Il a l’air ravi de devoir trouver un accord. Ca l’enchante même. Je vois bien que ça l’embête de ne pas avoir ce qu’il veut. Il repousse les miettes qui sont devant lui. Il chipote. Il réfléchit. Sûrement à ce qu’il veut bien me concéder. Et à ce qu’il ne veut pas. Il redresse la tête et se concentre sur notre discussion.

- Tu proposes quoi ?

- Je ne sais pas mais tu me laisses mes visites chez le médecin seul.

- D’accord.

- Et si je te laisse regarder les prises de sang ? Les analyses ? Ca te suffit non ?

- Oui, ça me suffit.

- Mais tu ne les regardes pas quand je suis dans la maison. Et quand tu les as lus, je ne veux pas que tu m’en parles. Tu n’en fais aucune remarque. Rien pas un mot.

- Pas un mot d’accord.

- Et si les résultats sont mauvais, tu ne me dis rien non plus. Et tu ne me regarde pas comme un condamné.

- On fait comme si de rien n’était. D’accord.

- Si rien de tout ça n’est respecté, ne fusse qu’un seul truc, cette accord est rompu.

- Kyle

- Non, si je vois qu’il y a un truc qui change, je ne te montre plus rien.

- Je vais faire avec.

- Bien.

- On fait comme si de rien n’était alors ?

- Oui.

- On ne parle pas de ce que tu as ? Jamais ?

- Non.

- Je ne suis pas d’accord.

Je me doutais qu’il n’accepterait pas. Ca aurait été trop de beau de faire comme si de rien n’était. En dix ans, nous n’avons jamais vraiment abordé le sujet vu que tout allait bien. Tout va encore bien aujourd’hui. Sauf que Romain pense que je lui cache des trucs. Et c’est pour ça qu’aujourd’hui il faut remettre les choses au point. Même si je n’ai rien. Enfin, rien, façon de parler.

- Si on ne peut pas parler de ça, ça ne sert à rien. Tout ça ne sert à rien.

- Mais je n’ai pas envie qu’on en parle.

- Dénier ne sert à rien.

- Je ne nie pas.

- Non, tu veux juste faire comme si de rien n’était.

Le ton monte. Légèrement. Il s’énerve. Il s’agace. Et je pense que je le comprends. Mais je ne veux pas en parler. Ce n’est pas du déni. Je ne veux juste pas penser à ça. J’en parle déjà chez le médecin. Et je ne veux pas en parler quand je reviens. Je veux juste profiter. Ce n’est pas du déni. Je ne nie certainement pas ce que j’ai.

- Tu ne veux pas en parler. Tu ne veux rien me dire ! Mais tu crois quoi ? Tu crois que je n’en ai rien à faire ? Tu crois que je ne me tracasse pas ? Tu crois que rien savoir ça me réconforte ? Tu crois quoi ? Tu crois que je ne m’imagine rien ? Tu ne me dis rien et du coup je me fais des films. Je sais tu vas me dire que tu n’as rien. Et je te crois mais ça ne m’empêche pas d’imaginer. Alors, oui, je veux qu’on en parle !

- Romain, je ne veux pas en parler. Je ne nie pas ce que j’ai sinon je ne ferai rien. Je ne veux pas, je veux juste pourvoir penser à autre chose après ces visites. Je veux me changer les idées. Juste me changer les idées.

- Mais je ne demande pas à ce qu’on en a parle tous les jours ! Juste de temps en temps. Ne me dis pas que tu n’as jamais envie d’en parler à quelqu’un. Ha ben, suis-je bête tu préfère en parler avec Sébastien ! Et ne me dis pas que c’est différent, il fait le même boulot que moi ! Alors ne prend pas ça comme excuse.

- C’est plus facile.

Sébastien est mon meilleur ami. Ce n’est pas mon amant. Ce n’est pas mon compagnon. Je ne vis pas avec. Et donc, je ne vois pas tout au long de la journée ses regards qui me diraient que je suis mal barré. Il est neutre dans cette histoire. Objectif. C’est pour ça que c’est plus facile. Il est moins touché par la situation. Romain est impliqué dedans. Trop. Et ça me fait peur. Je me projette trop loin dans le futur. Et c’est pour ça que je ne lui en parle. Je ne veux pas l’écarter, je veux juste le protéger. Mais apparemment je fais tout le contraire. Ce n’est pas la bonne solution. Je m’en rends compte.

- Plus facile ?

- Mais je ne vis pas avec ! Si je ne veux pas le voir pendant une semaine je ne le vois pas. Et c’est bon.

- Tu ne veux plus voir alors ?

Tout d’un coup, il s’est calmé. Il a mal compris. Merde.

- Non. Non. Tu as mal compris. Je veux dire que… On s’y prend mal. Je me rends bien compte que je m’y prends mal et qu’avec ce que je veux ça te ne te rassure en rien.

- Donc, tu te rends compte que se taire ne sert à rien ?

- Oui. Je pense que tu en as besoin.

- Et toi aussi. Sébastien ne suffit pas. Tu ne vis pas avec lui.

- Tu veux qu’on en parle maintenant ?

- Je ne pense pas que c’est le moment. On a déjà bien avancé.

- Oui mais tu ne me fais pas confiance quand je te dis que je n’ai rien. Donc, il y a bien encore un problème.

- Je te l’ai dis. Je te crois mais comme je n’ai rien d’autre comme information entre les mains, je me fais des tas de scenario. Mais maintenant, on va communiquer donc ça n’arrivera plus.

- Mais je te le dis quand même. Je n’ai rien. Mes résultats sont normaux. Mes CD4 sont ok. Ma charge virale est constante. Pas d’augmentation. Je n’ai rien. Pas de traitement à prendre.

- D’accord. Et à partir de maintenant, tu me tiens au courant.

- Je te tiens au courant. Promis.

Il hoche la tête. Au final, il avait raison. Et je le savais mais je ne voyais que ma petite personne sur ce coup. Je n’ai pensé qu’à moi. Mais maintenant, ça va changer. La discussion est terminée. Nous nous remettons à bouger. Romain se met à débarrasser la table. Je la nettoie. Comme si rien n’avait eu lieu. Mais rien qu’en regardant le visage de Romain, on peut voir qu’il y a un changement, il est plus détendu. Et je pense que sur moi aussi. Un poids s’enlève de mes épaules. Je suis plus serein. Plus léger. Dans un couple, nous sommes deux. Et on partage tout. Même ce qui est plus délicat. Romain s’approche et vient me volet un baiser. Le premier depuis hier au moins.

- T’es quand même une vraie tête de mule quand tu veux.

A suivre…

h1

MEC: Chapitre 21

8 juillet 2011

Voici la suite attendue par plusieurs d’entre vous. J’ai mis du temps mais sachez que le prochain chapitre sera posté la semaine prochaine. Celui-ci étant un chapitre que j’ai oublié de poster vu que je n’avais pas de lecteur et je viens seulement de m’en rendre compte.

Un grand merci à Brindille et à Rhode pour m’avoir ramené des lecteurs. Et donc merci à MawiieBettyAdrii d’avoir laissé une trace de leur passage, ça m’a fait très plaisir. Les suites devraient être plus fréquentes vu que je suis diplômée et donc plus de mémoire à écrire. Par contre, la recherche d’emploi va commencer.

Bonne lecture.

Chapitre 21.

- Arrête tout de suite.

- J’en ai marre que tu me caches tout

- Je ne te cache pas tout, tu vas arrêter oui !

- Je veux savoir Kyle.

- Je ne te dirai rien, il n’y a rien à savoir de plus!

Il m’énerve quand il comme ça. Je ne veux rien lui dire. Il le comprenait l’année dernière. Enfin avant que je reste cloué plus d’une semaine au lit. Après, il a commencé à avoir des doutes quand je lui disais que tout allait bien, que ça n’avait pas eu d’incidence sur le virus. Et à partir de là, régulièrement, quand je vais chercher mes résultats sanguin chez Nugman pour être exact, c’est toujours le même scénario : « Alors qu’est-ce qu’il a dit ? », « T’es sûr que tes CD4 sont stables ? », « Et ta charge virale ? ». Non, mais il veut que je crève qu’il est persuadé que j’ai quelque chose ? Et j’ai beau lui répété que je n’ai rien, que ce n’est pas pour cette fois-ci, la pseudo discussion se finit en dispute et je claque la porte. Comme maintenant. Je préfère partir, fuir selon Romain, que d’envenimer la chose et que je finisse par dire des paroles que je ne pense pas. S’il y a bien un truc que je déteste, c’est quand il n’a pas confiance en moi. Dans ces moments là, je pourrai dire des paroles que je ne pense pas juste pour lui faire mal. Parce que le fait qu’il ne me fasse pas confiance, ça, ça me fait mal. Dix ans que nous sommes ensemble, bientôt onze, et il arrive encore à ne pas me croire. Surtout quand il s’agit du HIV. Il m’énerve. Je suis vraiment sur les nerfs aujourd’hui. C’est pire que d’habitude. Je suis dans la voiture, les mains sur le volant et je souffle un bon coup. Quand je vois la porte de la maison s’ouvrir, je démarre d’un coup la voiture et m’en vais sur les chapeaux de roues. Je n’ai pas du tout envie de continuer cette discussion devant tous les voisins. Je sais déjà où je vais. Chez Seb. Comme d’habitude dans ces cas-là. Heureusement, c’est presque devenu une routine pour lui. Et sa petite femme. Tous les trois mois, je débarque sur les nerfs et quand je repars je suis de nouveau zen. J’évite autant que possible d’étaler mes problèmes au gens. Ils ont assez des leurs pour se coltiner les miens. C’est bien pour ça que quand je suis chez Seb, je ne parle de rien. Le petit Gaétan me divertit assez pour oublier ce qu’il se passe avec l’autre idiot.

- On t’attendait.

- Oh, ça va, hein.

Quel idiot aussi celui-là. Avec son petit sourire en plus. Il y en a au moins un de nous deux que ça amuse. En même temps, il sait que quand je vais rentrer tout sera réglé et qu’on fera comme si de rien n’était. Et c’est bien là le problème.

- Allez, rentre. Reste pas dehors.

A peine ai-je mis un pied à l’intérieur, qu’un petit blond arrive cahin-caha en tendant les bras vers moi.

- Yon-yon

- Coucou petit bonhomme

- Yomm

En moins d’une minute, il a réussi à me rendre le sourire. J’enlève ma veste et prend le petit qui tend toujours ses bras vers moi.

- Alors, tu fuis encore ta maison ?

- Sèèb…

- Quoi ? c’est vrai non ?

- Non, j’ai juste pas envie de me prendre la tête.

- Et tu viens me voir du coup.

- Je peux repartir si tu veux y a pas de problème

- Ouai, t’es vraiment de mauvaise humeur

- Faut croire.

Je soupire. Je rentre plus franchement dans le salon que je m’apprêtais à quitter et vais faire mumuse avec Gaétan qui est grand demandeur. J’ai l’impression de retourner en enfance avec ce gosse. Il est là en train de faire des grimaces et à balbutier. Il s’amuse à pincer mon visage et à tripatouiller dans mes cheveux. Ensuite, il descend de mes genoux pour aller me chercher un jouet, nouveau sans doute. Et c’est parti pour la démonstration de ce fabuleux objet. Bruyant certes. Mais au moins je ne pense à rien d’autre. Par contre, une heure ça va mais tous les jours je ne pourrai pas. J’ai besoin de calme. Et puis, je n’ai pas les nerfs. J’ai déjà passé une nuit ici quand le môme avait quoi, trois mois ? J’ai cru que j’allais péter une durite. Même avec les boules Quiès, je l’entendais pleurer. Non, hurler. Je me demande comment Mélanie tient le coup.

- Alors, qu’est-ce qu’il s’est passé cette fois ?

- Comme d’habitude.

- Encore !

J’hausse bêtement les épaules. Qu’est-ce qu’il veut que je dise ? Oui, on se dispute toujours pour la même connerie. Romain ne veut pas lâcher le morceau. Il veut avoir le dernier mot. Moi aussi. C’est bien là le fond du problème. Chacun reste campé sur ses positions. Aucun n’en démord. Têtus comme des mules quoi !

- Kyle

- Je sais Seb.

- Non, tu ne sais pas. Sinon tu s’rais pas ici.

Un silence supplémentaire. J’ai l’impression que Sébastien à décider de me remettre les pendules à l’heure aujourd’hui. Et j’avoue, j’ai tout sauf envie de ça.

- Faudrait que vous mettiez les points sur les i.

- Ca a déjà été fait.

- Oui et vous ne vous êtes pas mis d’accord

- Si !

- Non. Sinon tu ne serais pas ici et Romain en train de se morfondre chez toi.

- Tu peux pas comprendre

- Ca c’est toi qui le dis Kyle

- Yon-yon

- Oui bonhomme ?

- Zoue ?

Je m’installe par terre pendant que Gaétan va cherche une petite balle en mousse. J’ignore complètement son père qui je sens me foudroie du regard. Le petit bout revient et s’installe devant moi avec ses petites jambes écartées. Il fait rouler la balle vers moi gentiment et je lui renvoie.

- Pourquoi tu ne veux rien lui dire ?

Apparemment, ce n’est pas parce que je joue avec son fils que je vais échapper à l’interrogatoire introspectif. Introspectif car je sais qu’il ne se contentera pas de réponses toutes faites et qu’il va certainement me pousser dans mes retranchements pour trouver les pourquoi du comment. Alors, à la place de jouer à l’autruche, de faire comme si je n’entendais pas, je préfère m’y soumettre directement. Ca sera plus simple.

- Il est médecin.

- Et alors ? C’est quoi le problème ? c’est plutôt positif non ?

- Je veux pas voir sur son visage que je vais être condamné quand les résultats ne seront pas bons.

Je l’entends soupirer. Pathétique. Oui, je sais. Je suis pathétique. Je ne suis pas courageux. Je sais. Je suis égoïste. Je ne veux pas avoir mal. Et tant pis si ça lui mal à lui.

- Kyle, tu n’es pas condamné. Et d’après ce que tu me racontes, tu en es loin.

- Mais un jour je le serai.

- Ca tu ne le sais pas.

- Seb, tu le sais aussi bien que moi que ça ne durera pas. J’y ai échappé l’année dernière je ne sais comment. Mais aux prochains microbes, le risque augmente.

Je rattrape la balle que le petit bout lance. Il a décidé que la faire rouler était bien trop ennuyeux. Heureusement, il ne l’envoie pas n’importe où. Pour le moment. Mais je suis sûr que dans quelques minutes ça sera légèrement plus sportif.

- Ce n’est pas une raison…

- Je ne veux pas de son regard plein de compassion. Je ne veux pas qu’il me voit comme un mourant. Et puis, ce n’est pas comme si je lui mentais.

- Encore heureux !

- Mais qu’il arrête de toujours vouloir tout savoir.

- Tu ne peux pas lui reprocher de s’inquiéter

- Mais tout va bien ! Y a pas de quoi s’inquiéter !

- Il a sûrement peur que tu lui caches des trucs.

- Ben s’il a pas confiance en moi, il a cas prendre la porte

- Ca fait combien de temps ? Dix ans ? Et tu vas balayer ça comme ça ?

- Ca date pas d’aujourd’hui. Ca fait un mois qui remet tout en question. Et s’il me fait plus confiance…

- Ce n’est pas une question de confiance. Il a peur Kyle !

- Mais peur de quoi ! C’est pas lui qui va crever à ce que je sache !

- Arrête de faire celui qui ne comprend pas.

Jeu de dupes : raté. Je ne suis pas encore si bête que ça. Je sais bien qu’il a peur. Enfin je m’en doute. Mais si je lui dis que je vais bien, c’est que je vais bien. Si ça allait mal, je lui dirai. Sûrement. Je ne suis pas encore dans cette situation. Mais toujours est-il que je suis en « bonne santé » et que mon compagnon ne me croit absolument pas. Alors, oui, j’avoue, ça me prend la tête. Parce que je me sens trahi. Il a beau avoir peur, je ne comprend pas pourquoi il ne me croit pas.

- Hey doucement petit monstre.

Gaétan arrête de lancer la balle et vient s’installer d’autorité entre mes bras.

- Je crois qu’il fatigue.

- On dirait ouai. Et il a pas l’air de vouloir te lâcher non plus.

- Laisse, il me dérange pas. Il est apaisant quand il est comme ça

- Effet catalyseur.

- Si tu l’dis…

Il commence à frotter ses yeux. Je regarde l’heure et me rends compte qu’en réalité c’est l’heure de sa sieste. Quand je suis arrivé, il devait avoir fini de manger. Mais il a voulu profiter de son tonton comme il dit. Il a lutté mais le sommeil commence à l’emporter peu à peu. D’ailleurs, il pèse de plus en plus lourd dans mes bras.

- Vous devriez en parler tu sais.

- C’est déjà fait Seb. On en a déjà parlé mais apparemment ça ne convient plus à monsieur.

- Vous n’avez pas parlé. Il a dit ce qu’il pensait, tu en as fait de même et ça s’est arrêté là car vous n’étiez pas d’accord. J’ai raison ?

- …

- Je parie que vous vous êtes même disputé. Ce que vous faites de mieux quand vous n’êtes pas d’accord.

- Ne viens pas me donner de leçon ! Tu n’es pas mieux, loin de là !

Je sens que si on continue comme ça, on va partir sur un terrain glissant. Miné même. J’ai tout sauf envie de me disputer avec lui. Par pour des conneries pareilles. Parce que ce qu’on va se dire ne pourront être que des conneries et rien de bon n’en ressortira. Alors autant éviter.

- Ce n’est pas de moi dont on parle. Ce n’est pas moi qui ai des problèmes de couple.

- Parce que toi non peut-être.

- Là n’est pas la question Kyle.

- Oui on s’est disputé ce jour là ! tu es content ? J’ai même fini par dormir sur le canapé et on ne s’est pas parlé pendant près d’une semaine.

- Ha quand même

- Oui… quand même.

Le petit a sursauté quand j’ai haussé la voix mais il continue de dormir. Comme un bien heureux. Se foutant des problèmes du monde. Se foutant de mes problèmes. Que j’aimerai retourner à ce temps là où tout n’était qu’insouciance. Manger, boire et dormir. C’était la belle vie. Et une plus on grandi, plus on se crée et plus on voit des problèmes là où il n’y en avait pas. Là où il n’y en a pas.

- Vous devriez en reparler.

- Pour qu’on se prenne la tête comme aujourd’hui ? Non, merci.

- Vous êtes deux adultes vous devriez être capable de vous parler et non de crier.

- Et c’est toi qui dis ça.

- Kyyyle.

- Ca va… ça va

Juste à son regard je sais que j’ai intérêt à faire ce qu’il me dit. Mais rien que de penser à cette future discussion… Je préfère rester ici. Ou aller chez mes parents limite. Parce que je sens que c’est une future prise de tête qui m’attend. Et j’ai tout sauf envie de me prendre la tête. Surtout que c’est le week-end. Je sais ce n’est pas une bonne excuse. Mais je peux m’en servir. Mais alors, on ne s’en sortira pas car la semaine, nous travaillons tard et se prendre la tête le soir… non merci. En conclusion ce n’est jamais le moment. Enfin, comme me le dirait Seb « c’est pas pour un week-end de perdu ».

- T’as p’t-être bien raison.

- Mais bien sûr que j’ai raison, la question ne se pose même pas !

- Tu n’as pas changé

- Bien sûr que si. Sinon je n’aurai pas une femme et Gaétan. D’ailleurs, donne je vais aller le mettre au lit sinon Mélanie va encore râler.

- Je devrais y aller.

- Tu peux encore rester un peu si tu veux.

- Tu voudrais que je reporte encore le moment fatidique ?

- Je sais très bien que tu ne feras rien aujourd’hui.

- J’ai pas le choix. Si je l’fais pas aujourd’hui, je ne le ferai pas du tout. Et si on continue comme ça, on va plus tenir longtemps.

- C’est à ce point ?

- Oui. J’en peux plus. Ca fait un mois qu’il me tanne avec ça. Ca fait un mois qu’il cherche à savoir. Savoir quoi ? je ne sais pas vu que je ne lui mens pas. Un mois qu’il cherche la petite bête.

- Plus vite ça sera mis au point mieux ça sera.

- Moui. Tu m’accueilles si ça se passe pas bien parce que le canapé est pas confortable.

- Pars pas comme ça déjà

- T’as vachement mûri

- Euh…c’est quoi le rapport ?

- Aucun, je me faisais la réflexion.

- Allez, rentre chez toi et parlez.

- D’accord papa.

- Papa ?

- Oui, maman c’est Romain. Tu te doutes bien.

- T’es con.

Je dépose un baiser sur la tête du petit monstre qui se trouve dans les bras de son père et j’en profite pour faire de même à mon meilleur ami.

- A ce soir alors

- SI tu veux, la porte est ouverte

- Y fait ses nuits maintenant, hein ?

Un éclat de rire de sa part retentit mais il le retient vite pour ne pas réveiller le petit bout. A la place, il secoue la tête. J’ouvre la porte et m’échappe. Bien vite le sourire que j’avais s’envole. Je vais devoir affronter la froideur de Romain. Supporter une discussion même si je sais d’avance qu’elle ne mènera à rien. Qu’elle va peut-être même empirer les choses. Y a des jours où on ferait mieux de rester dans son lit. Et aujourd’hui, c’était un jour à rester dans mon lit.

A suivre…

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