Voici la suite attendue par plusieurs d’entre vous. J’ai mis du temps mais sachez que le prochain chapitre sera posté la semaine prochaine. Celui-ci étant un chapitre que j’ai oublié de poster vu que je n’avais pas de lecteur et je viens seulement de m’en rendre compte.
Un grand merci à Brindille et à Rhode pour m’avoir ramené des lecteurs. Et donc merci à Mawiie, Betty, Adrii d’avoir laissé une trace de leur passage, ça m’a fait très plaisir. Les suites devraient être plus fréquentes vu que je suis diplômée et donc plus de mémoire à écrire. Par contre, la recherche d’emploi va commencer.
Bonne lecture.
Chapitre 21.
- Arrête tout de suite.
- J’en ai marre que tu me caches tout
- Je ne te cache pas tout, tu vas arrêter oui !
- Je veux savoir Kyle.
- Je ne te dirai rien, il n’y a rien à savoir de plus!
Il m’énerve quand il comme ça. Je ne veux rien lui dire. Il le comprenait l’année dernière. Enfin avant que je reste cloué plus d’une semaine au lit. Après, il a commencé à avoir des doutes quand je lui disais que tout allait bien, que ça n’avait pas eu d’incidence sur le virus. Et à partir de là, régulièrement, quand je vais chercher mes résultats sanguin chez Nugman pour être exact, c’est toujours le même scénario : « Alors qu’est-ce qu’il a dit ? », « T’es sûr que tes CD4 sont stables ? », « Et ta charge virale ? ». Non, mais il veut que je crève qu’il est persuadé que j’ai quelque chose ? Et j’ai beau lui répété que je n’ai rien, que ce n’est pas pour cette fois-ci, la pseudo discussion se finit en dispute et je claque la porte. Comme maintenant. Je préfère partir, fuir selon Romain, que d’envenimer la chose et que je finisse par dire des paroles que je ne pense pas. S’il y a bien un truc que je déteste, c’est quand il n’a pas confiance en moi. Dans ces moments là, je pourrai dire des paroles que je ne pense pas juste pour lui faire mal. Parce que le fait qu’il ne me fasse pas confiance, ça, ça me fait mal. Dix ans que nous sommes ensemble, bientôt onze, et il arrive encore à ne pas me croire. Surtout quand il s’agit du HIV. Il m’énerve. Je suis vraiment sur les nerfs aujourd’hui. C’est pire que d’habitude. Je suis dans la voiture, les mains sur le volant et je souffle un bon coup. Quand je vois la porte de la maison s’ouvrir, je démarre d’un coup la voiture et m’en vais sur les chapeaux de roues. Je n’ai pas du tout envie de continuer cette discussion devant tous les voisins. Je sais déjà où je vais. Chez Seb. Comme d’habitude dans ces cas-là. Heureusement, c’est presque devenu une routine pour lui. Et sa petite femme. Tous les trois mois, je débarque sur les nerfs et quand je repars je suis de nouveau zen. J’évite autant que possible d’étaler mes problèmes au gens. Ils ont assez des leurs pour se coltiner les miens. C’est bien pour ça que quand je suis chez Seb, je ne parle de rien. Le petit Gaétan me divertit assez pour oublier ce qu’il se passe avec l’autre idiot.
- On t’attendait.
- Oh, ça va, hein.
Quel idiot aussi celui-là. Avec son petit sourire en plus. Il y en a au moins un de nous deux que ça amuse. En même temps, il sait que quand je vais rentrer tout sera réglé et qu’on fera comme si de rien n’était. Et c’est bien là le problème.
- Allez, rentre. Reste pas dehors.
A peine ai-je mis un pied à l’intérieur, qu’un petit blond arrive cahin-caha en tendant les bras vers moi.
- Yon-yon
- Coucou petit bonhomme
- Yomm
En moins d’une minute, il a réussi à me rendre le sourire. J’enlève ma veste et prend le petit qui tend toujours ses bras vers moi.
- Alors, tu fuis encore ta maison ?
- Sèèb…
- Quoi ? c’est vrai non ?
- Non, j’ai juste pas envie de me prendre la tête.
- Et tu viens me voir du coup.
- Je peux repartir si tu veux y a pas de problème
- Ouai, t’es vraiment de mauvaise humeur
- Faut croire.
Je soupire. Je rentre plus franchement dans le salon que je m’apprêtais à quitter et vais faire mumuse avec Gaétan qui est grand demandeur. J’ai l’impression de retourner en enfance avec ce gosse. Il est là en train de faire des grimaces et à balbutier. Il s’amuse à pincer mon visage et à tripatouiller dans mes cheveux. Ensuite, il descend de mes genoux pour aller me chercher un jouet, nouveau sans doute. Et c’est parti pour la démonstration de ce fabuleux objet. Bruyant certes. Mais au moins je ne pense à rien d’autre. Par contre, une heure ça va mais tous les jours je ne pourrai pas. J’ai besoin de calme. Et puis, je n’ai pas les nerfs. J’ai déjà passé une nuit ici quand le môme avait quoi, trois mois ? J’ai cru que j’allais péter une durite. Même avec les boules Quiès, je l’entendais pleurer. Non, hurler. Je me demande comment Mélanie tient le coup.
- Alors, qu’est-ce qu’il s’est passé cette fois ?
- Comme d’habitude.
- Encore !
J’hausse bêtement les épaules. Qu’est-ce qu’il veut que je dise ? Oui, on se dispute toujours pour la même connerie. Romain ne veut pas lâcher le morceau. Il veut avoir le dernier mot. Moi aussi. C’est bien là le fond du problème. Chacun reste campé sur ses positions. Aucun n’en démord. Têtus comme des mules quoi !
- Kyle
- Je sais Seb.
- Non, tu ne sais pas. Sinon tu s’rais pas ici.
Un silence supplémentaire. J’ai l’impression que Sébastien à décider de me remettre les pendules à l’heure aujourd’hui. Et j’avoue, j’ai tout sauf envie de ça.
- Faudrait que vous mettiez les points sur les i.
- Ca a déjà été fait.
- Oui et vous ne vous êtes pas mis d’accord
- Si !
- Non. Sinon tu ne serais pas ici et Romain en train de se morfondre chez toi.
- Tu peux pas comprendre
- Ca c’est toi qui le dis Kyle
- Yon-yon
- Oui bonhomme ?
- Zoue ?
Je m’installe par terre pendant que Gaétan va cherche une petite balle en mousse. J’ignore complètement son père qui je sens me foudroie du regard. Le petit bout revient et s’installe devant moi avec ses petites jambes écartées. Il fait rouler la balle vers moi gentiment et je lui renvoie.
- Pourquoi tu ne veux rien lui dire ?
Apparemment, ce n’est pas parce que je joue avec son fils que je vais échapper à l’interrogatoire introspectif. Introspectif car je sais qu’il ne se contentera pas de réponses toutes faites et qu’il va certainement me pousser dans mes retranchements pour trouver les pourquoi du comment. Alors, à la place de jouer à l’autruche, de faire comme si je n’entendais pas, je préfère m’y soumettre directement. Ca sera plus simple.
- Il est médecin.
- Et alors ? C’est quoi le problème ? c’est plutôt positif non ?
- Je veux pas voir sur son visage que je vais être condamné quand les résultats ne seront pas bons.
Je l’entends soupirer. Pathétique. Oui, je sais. Je suis pathétique. Je ne suis pas courageux. Je sais. Je suis égoïste. Je ne veux pas avoir mal. Et tant pis si ça lui mal à lui.
- Kyle, tu n’es pas condamné. Et d’après ce que tu me racontes, tu en es loin.
- Mais un jour je le serai.
- Ca tu ne le sais pas.
- Seb, tu le sais aussi bien que moi que ça ne durera pas. J’y ai échappé l’année dernière je ne sais comment. Mais aux prochains microbes, le risque augmente.
Je rattrape la balle que le petit bout lance. Il a décidé que la faire rouler était bien trop ennuyeux. Heureusement, il ne l’envoie pas n’importe où. Pour le moment. Mais je suis sûr que dans quelques minutes ça sera légèrement plus sportif.
- Ce n’est pas une raison…
- Je ne veux pas de son regard plein de compassion. Je ne veux pas qu’il me voit comme un mourant. Et puis, ce n’est pas comme si je lui mentais.
- Encore heureux !
- Mais qu’il arrête de toujours vouloir tout savoir.
- Tu ne peux pas lui reprocher de s’inquiéter
- Mais tout va bien ! Y a pas de quoi s’inquiéter !
- Il a sûrement peur que tu lui caches des trucs.
- Ben s’il a pas confiance en moi, il a cas prendre la porte
- Ca fait combien de temps ? Dix ans ? Et tu vas balayer ça comme ça ?
- Ca date pas d’aujourd’hui. Ca fait un mois qui remet tout en question. Et s’il me fait plus confiance…
- Ce n’est pas une question de confiance. Il a peur Kyle !
- Mais peur de quoi ! C’est pas lui qui va crever à ce que je sache !
- Arrête de faire celui qui ne comprend pas.
Jeu de dupes : raté. Je ne suis pas encore si bête que ça. Je sais bien qu’il a peur. Enfin je m’en doute. Mais si je lui dis que je vais bien, c’est que je vais bien. Si ça allait mal, je lui dirai. Sûrement. Je ne suis pas encore dans cette situation. Mais toujours est-il que je suis en « bonne santé » et que mon compagnon ne me croit absolument pas. Alors, oui, j’avoue, ça me prend la tête. Parce que je me sens trahi. Il a beau avoir peur, je ne comprend pas pourquoi il ne me croit pas.
- Hey doucement petit monstre.
Gaétan arrête de lancer la balle et vient s’installer d’autorité entre mes bras.
- Je crois qu’il fatigue.
- On dirait ouai. Et il a pas l’air de vouloir te lâcher non plus.
- Laisse, il me dérange pas. Il est apaisant quand il est comme ça
- Effet catalyseur.
- Si tu l’dis…
Il commence à frotter ses yeux. Je regarde l’heure et me rends compte qu’en réalité c’est l’heure de sa sieste. Quand je suis arrivé, il devait avoir fini de manger. Mais il a voulu profiter de son tonton comme il dit. Il a lutté mais le sommeil commence à l’emporter peu à peu. D’ailleurs, il pèse de plus en plus lourd dans mes bras.
- Vous devriez en parler tu sais.
- C’est déjà fait Seb. On en a déjà parlé mais apparemment ça ne convient plus à monsieur.
- Vous n’avez pas parlé. Il a dit ce qu’il pensait, tu en as fait de même et ça s’est arrêté là car vous n’étiez pas d’accord. J’ai raison ?
- …
- Je parie que vous vous êtes même disputé. Ce que vous faites de mieux quand vous n’êtes pas d’accord.
- Ne viens pas me donner de leçon ! Tu n’es pas mieux, loin de là !
Je sens que si on continue comme ça, on va partir sur un terrain glissant. Miné même. J’ai tout sauf envie de me disputer avec lui. Par pour des conneries pareilles. Parce que ce qu’on va se dire ne pourront être que des conneries et rien de bon n’en ressortira. Alors autant éviter.
- Ce n’est pas de moi dont on parle. Ce n’est pas moi qui ai des problèmes de couple.
- Parce que toi non peut-être.
- Là n’est pas la question Kyle.
- Oui on s’est disputé ce jour là ! tu es content ? J’ai même fini par dormir sur le canapé et on ne s’est pas parlé pendant près d’une semaine.
- Ha quand même
- Oui… quand même.
Le petit a sursauté quand j’ai haussé la voix mais il continue de dormir. Comme un bien heureux. Se foutant des problèmes du monde. Se foutant de mes problèmes. Que j’aimerai retourner à ce temps là où tout n’était qu’insouciance. Manger, boire et dormir. C’était la belle vie. Et une plus on grandi, plus on se crée et plus on voit des problèmes là où il n’y en avait pas. Là où il n’y en a pas.
- Vous devriez en reparler.
- Pour qu’on se prenne la tête comme aujourd’hui ? Non, merci.
- Vous êtes deux adultes vous devriez être capable de vous parler et non de crier.
- Et c’est toi qui dis ça.
- Kyyyle.
- Ca va… ça va
Juste à son regard je sais que j’ai intérêt à faire ce qu’il me dit. Mais rien que de penser à cette future discussion… Je préfère rester ici. Ou aller chez mes parents limite. Parce que je sens que c’est une future prise de tête qui m’attend. Et j’ai tout sauf envie de me prendre la tête. Surtout que c’est le week-end. Je sais ce n’est pas une bonne excuse. Mais je peux m’en servir. Mais alors, on ne s’en sortira pas car la semaine, nous travaillons tard et se prendre la tête le soir… non merci. En conclusion ce n’est jamais le moment. Enfin, comme me le dirait Seb « c’est pas pour un week-end de perdu ».
- T’as p’t-être bien raison.
- Mais bien sûr que j’ai raison, la question ne se pose même pas !
- Tu n’as pas changé
- Bien sûr que si. Sinon je n’aurai pas une femme et Gaétan. D’ailleurs, donne je vais aller le mettre au lit sinon Mélanie va encore râler.
- Je devrais y aller.
- Tu peux encore rester un peu si tu veux.
- Tu voudrais que je reporte encore le moment fatidique ?
- Je sais très bien que tu ne feras rien aujourd’hui.
- J’ai pas le choix. Si je l’fais pas aujourd’hui, je ne le ferai pas du tout. Et si on continue comme ça, on va plus tenir longtemps.
- C’est à ce point ?
- Oui. J’en peux plus. Ca fait un mois qu’il me tanne avec ça. Ca fait un mois qu’il cherche à savoir. Savoir quoi ? je ne sais pas vu que je ne lui mens pas. Un mois qu’il cherche la petite bête.
- Plus vite ça sera mis au point mieux ça sera.
- Moui. Tu m’accueilles si ça se passe pas bien parce que le canapé est pas confortable.
- Pars pas comme ça déjà
- T’as vachement mûri
- Euh…c’est quoi le rapport ?
- Aucun, je me faisais la réflexion.
- Allez, rentre chez toi et parlez.
- D’accord papa.
- Papa ?
- Oui, maman c’est Romain. Tu te doutes bien.
- T’es con.
Je dépose un baiser sur la tête du petit monstre qui se trouve dans les bras de son père et j’en profite pour faire de même à mon meilleur ami.
- A ce soir alors
- SI tu veux, la porte est ouverte
- Y fait ses nuits maintenant, hein ?
Un éclat de rire de sa part retentit mais il le retient vite pour ne pas réveiller le petit bout. A la place, il secoue la tête. J’ouvre la porte et m’échappe. Bien vite le sourire que j’avais s’envole. Je vais devoir affronter la froideur de Romain. Supporter une discussion même si je sais d’avance qu’elle ne mènera à rien. Qu’elle va peut-être même empirer les choses. Y a des jours où on ferait mieux de rester dans son lit. Et aujourd’hui, c’était un jour à rester dans mon lit.
A suivre…
